Incendie : faire évaluer les dégâts réels de votre maison avant l'accord d'indemnisation
Après un incendie, l'essentiel du litige d'indemnisation se joue sur ce qui ne se voit pas : les fumées migrées dans les pièces épargnées, l'eau d'extinction et la résistance résiduelle des structures chauffées. Ce que l'expert indépendant examine, et les voies ouvertes pour contester une proposition insuffisante.

Résumer cet article avec :
- Après un incendie, une part essentielle des dommages est invisible : fumées migrées, eau d'extinction, résistance résiduelle des structures.
- L'expert de la compagnie chiffre pour elle ; une évaluation indépendante établit les dégâts réels avant d'accepter l'offre.
- La déclaration rapide et la conservation des preuves conditionnent l'indemnisation.
L'urgence de la déclaration, et l'aménagement de l'été 2026
En règle générale, un sinistre incendie se déclare à l'assureur dans un délai de cinq jours ouvrés. Ce délai court à partir du moment où vous avez connaissance du sinistre, et le manquer expose à une réduction, voire à un refus d'indemnisation.
Compte tenu de l'ampleur des feux de l'été 2026, les assureurs ont annoncé le 27 juillet des mesures exceptionnelles pour les sinistrés de Gironde, des Landes et du Var : le délai de déclaration est prolongé jusqu'au 31 août 2026, et les frais de relogement des personnes évacuées de leur résidence principale peuvent être pris en charge pendant trois semaines, sur justificatifs et selon les conditions du contrat. Les modalités officielles sont publiées sur service-public.fr et sur le site du ministère de l'Économie.
Déclarer vite ne veut pas dire accepter vite. Ce sont deux temps distincts, et c'est le second qui engage vos intérêts sur des années.
Les dommages visibles et ceux qui ne le sont pas
Un incendie produit quatre familles de dommages, dont trois échappent à un examen rapide.
| Type de dommage | Ce qui est atteint | Pourquoi il est souvent sous-évalué |
|---|---|---|
| Le feu | Ce qui a brûlé : structures, cloisons, biens mobiliers | Rarement contesté, c'est la part la plus visible du sinistre |
| Les fumées et les suies | Pièces éloignées du foyer, gaines, vides techniques, textiles, équipements électriques | Les dépôts sont corrosifs et migrent partout, y compris dans des pièces intactes en apparence |
| L'eau d'extinction | Planchers, isolants, doublages, niveaux inférieurs | Les volumes déversés sont considérables et les désordres apparaissent des semaines plus tard |
| La chaleur sur les structures | Béton, armatures métalliques, charpente, maçonnerie | Un élément qui n'a pas cédé peut avoir perdu une partie de sa résistance sans le montrer |
Le dernier point est le plus technique et le plus lourd financièrement. Un béton porté à haute température perd progressivement ses caractéristiques mécaniques, et les aciers d'armature qu'il protège aussi. Une charpente en bois perd de la section par carbonisation, ce qui réduit sa capacité portante même quand la pièce paraît saine. Établir si ces éléments doivent être remplacés, renforcés ou simplement surveillés relève d'un examen structurel, pas d'un constat visuel.
Pourquoi les évaluations divergent
Il faut poser les choses simplement, sans procès d'intention. L'expert qui se présente après un sinistre est, dans l'immense majorité des cas, mandaté et rémunéré par votre assureur. Son travail est d'évaluer les dommages au regard du contrat. L'expert d'assuré, lui, est mandaté et rémunéré par vous, et sa mission est d'évaluer les dommages au regard de ce qu'il faut réellement engager pour remettre le bien en état.
Ces deux lectures aboutissent fréquemment à des montants différents, pour des raisons qui n'ont rien d'accusatoires :
- Le périmètre examiné : une visite rapide se concentre sur les zones sinistrées visibles. Les dommages de fumée dans les pièces éloignées ou les réseaux encastrés ne sont relevés que si quelqu'un les cherche.
- La vétusté appliquée : selon que le contrat prévoit une indemnisation en valeur d'usage ou en valeur à neuf, l'écart sur un même bien peut être considérable. Les modalités de calcul de la vétusté sont discutables et se discutent.
- Le niveau de reprise retenu : nettoyer et repeindre une cloison exposée aux suies, ou la déposer et la remplacer, ne coûtent pas la même chose. Les deux solutions peuvent se défendre techniquement, mais l'une seulement traite la corrosion et les odeurs à long terme.
- Les dommages différés : humidité résiduelle, moisissures apparues après coup, corrosion progressive des installations. S'ils ne sont pas identifiés à l'expertise initiale, ils sortent du champ de l'indemnisation.
Nous détaillons ce mécanisme de divergence, indépendamment du type de sinistre, dans notre article expert d'assurance ou expert indépendant.
Ce que l'expert indépendant examine après un incendie
La mission diffère nettement d'un simple chiffrage. Elle vise à établir l'étendue réelle des atteintes, y compris là où le feu n'est pas passé.
- La cartographie des dépôts : relevé pièce par pièce de la présence de suies, y compris dans les volumes fermés, les combles et les gaines. C'est ce relevé qui justifie de traiter un logement entier plutôt que la seule pièce sinistrée.
- L'état des structures exposées : examen des bétons, des maçonneries et des bois porteurs ayant subi la chaleur, avec identification des éléments dont la capacité résiduelle doit être vérifiée par un calcul ou des investigations complémentaires.
- Le suivi de l'eau : mesures d'humidité dans les planchers, les doublages et les isolants, pour anticiper les désordres qui apparaîtront après le séchage apparent.
- Les installations techniques : électricité, ventilation, chauffage, dont les composants exposés aux fumées corrosives peuvent devoir être remplacés même s'ils fonctionnent encore.
- Le chiffrage des reprises : ligne par ligne, sur la base de ce qu'il faut effectivement réaliser, et non d'un forfait.
Le rapport qui en résulte est un document opposable. Il ne remplace pas celui de l'assureur : il permet d'en discuter les postes sur des constats établis, ce qui change la nature de la négociation.
Contester une proposition insuffisante : les voies ouvertes
Recevoir une proposition d'indemnisation ne vous oblige à rien. Tant que vous n'avez pas donné votre accord, plusieurs voies restent ouvertes, dans un ordre de complexité croissante.
La discussion contradictoire. Vous transmettez le rapport de votre expert et demandez le réexamen des postes contestés. Beaucoup de dossiers se règlent à ce stade, précisément parce que les éléments apportés sont techniques et documentés.
La tierce expertise. Prévue par la plupart des contrats multirisques habitation, elle consiste à désigner un troisième expert lorsque celui de l'assureur et celui de l'assuré ne s'accordent pas. Vérifiez les modalités et la répartition des frais dans vos conditions générales, elles varient selon les contrats.
La voie judiciaire. En dernier recours, avec une expertise ordonnée par le tribunal. Les délais et les coûts sont sans commune mesure, ce qui en fait rarement la première option. Nous comparons ces deux dernières voies dans notre article sur l'expertise amiable ou judiciaire après sinistre.
Un point pratique souvent ignoré : de nombreux contrats comportent une garantie « honoraires d'expert » qui prend en charge tout ou partie du coût de votre propre expert. Vérifiez ce poste dans vos conditions particulières avant de renoncer pour des raisons budgétaires.
Les réflexes des premiers jours
Avant toute remise en état, quelques gestes conditionnent la suite du dossier.
- Photographier abondamment, pièce par pièce, y compris les zones apparemment intactes où l'on sent une odeur de fumée. Ces clichés datés sont votre référence si un désordre est contesté plus tard.
- Ne rien jeter avant le passage des experts, même les biens manifestement détruits. Leur inventaire conditionne l'indemnisation du mobilier.
- Conserver les justificatifs : factures d'achat retrouvées, relogement, frais engagés en urgence.
- Ne pas signer un accord d'indemnisation tant que l'étendue des dommages différés n'est pas établie, en particulier pour les fumées et l'humidité.
Sur ExpertGo, une expertise de sinistre bâtiment démarre à 590 € TTC, avec un tarif calculé en ligne avant toute commande, et un expert indépendant qui ne vend aucun travaux. Nos experts interviennent notamment dans les départements les plus touchés cet été, dont la Gironde et les Landes.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour déclarer un incendie à son assurance ?
Cinq jours ouvrés en règle générale, à compter de la connaissance du sinistre. Pour les sinistrés des incendies de l'été 2026 en Gironde, dans les Landes et dans le Var, les assureurs ont prolongé ce délai jusqu'au 31 août 2026. Une déclaration tardive peut réduire ou faire perdre le droit à indemnisation, il vaut donc mieux déclarer même si le dossier est incomplet, quitte à le compléter ensuite.
L'assurance couvre-t-elle les dégâts de fumée dans des pièces qui n'ont pas brûlé ?
En principe oui : la garantie incendie couvre généralement les dommages consécutifs, dont les fumées et l'eau utilisée pour éteindre le feu. La difficulté n'est pas juridique mais factuelle : encore faut-il que ces dommages soient relevés et documentés. C'est précisément ce que permet un relevé pièce par pièce, y compris dans les volumes fermés.
Puis-je faire appel à mon propre expert alors que l'assureur a déjà envoyé le sien ?
Oui, à tout moment, et y compris après le passage de l'expert d'assurance tant que vous n'avez pas accepté la proposition. Votre expert établit un constat contradictoire qui sert de base à la discussion. Vérifiez au passage si votre contrat comporte une garantie « honoraires d'expert », qui peut en couvrir le coût.
Faut-il faire vérifier la structure si la maison est encore debout ?
C'est recommandé dès lors que des éléments porteurs ont été exposés à la chaleur. Un béton ou une charpente peuvent avoir perdu une part de leur résistance sans présenter de signe visible. Cette vérification protège autant l'occupant que la valeur du bien, et son absence peut se retourner contre vous lors d'une revente.
Combien de temps après le sinistre peut-on encore faire expertiser ?
Tant que le dossier n'est pas clos et que les lieux n'ont pas été remis en état, une expertise reste utile. Elle devient en revanche beaucoup plus difficile une fois les travaux réalisés, faute de pouvoir constater l'état d'origine. C'est la raison pour laquelle il vaut mieux documenter largement avant d'engager quoi que ce soit.
Un doute sur votre bien ?
Un expert bâtiment indépendant, mandaté par vous seul, identifie l’origine du désordre et remet un rapport opposable. Tarif transparent, prix en ligne, sans engagement.
Obtenir mon tarif en ligne