Un défaut visible ne suffit pas à obtenir réparation. Encore faut-il le qualifier, le rattacher à la bonne garantie et le démontrer par écrit, avant que le délai ne tombe.
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Un défaut d’exécution : ce qui a été fait ne correspond pas à ce qui devait l’être.
Le mot circule beaucoup et recouvre des situations très différentes, qui n’ouvrent pas les mêmes droits. Une peinture que vous trouvez terne n’est pas une malfaçon. Un carrelage posé sans joint de fractionnement en est une, même s’il paraît impeccable le jour de la livraison. Ce qui fait la différence n’est pas ce qui se voit, c’est l’écart avec une règle écrite quelque part.
La distinction n’est pas une subtilité d’école : elle détermine qui doit réparer, dans quel délai vous devez agir, et quelle assurance peut être appelée.
On ne juge pas un travail à l’œil, on le compare à un texte.
Trois niveaux s’empilent. Le contrat d’abord, avec ses plans, sa notice descriptive et ses avenants : c’est lui qui dit ce qui était dû. Les NF DTU ensuite, ces documents techniques unifiés qui décrivent, ouvrage par ouvrage, la façon dont un travail doit être exécuté. Les règles de l’art enfin, qui prennent le relais là où aucun texte ne descend dans le détail.
Un expert ne dit jamais qu’un travail est mal fait. Il écrit que tel ouvrage s’écarte de telle prescription, cite le document, et décrit ce qui aurait dû être exécuté. C’est cette formulation-là qui tient devant un contradicteur.
Le raccourcissement des délais de chantier produit toujours les mêmes défauts, aux mêmes endroits.
La plupart des dossiers ne portent pas sur des fautes spectaculaires. Ils portent sur des étapes escamotées : un support mal préparé, un temps de séchage non respecté, un joint oublié. Voici ce que l’on retrouve, ouvrage par ouvrage.
L’enduit a d’abord une fonction d’imperméabilisation. Son aspect vient après.
Deux règles simples permettent souvent de trancher un dossier de façade. L’enduit doit atteindre une épaisseur minimale de dix millimètres, et il ne doit pas être appliqué en dehors d’une plage de température de cinq à trente degrés, ni par vent sec, ni sur un support desséché. Un chantier mené en pleine canicule ou juste avant le gel laisse des traces qui se lisent des années après.
Aujourd’hui, c’est la fissuration qui domine, et elle vient presque toujours du support.
Le carreau ne fissure pas tout seul. Il suit la chape qui le porte, et cette chape se rétracte en séchant. Le paramètre décisif est donc le délai de séchage du support, celui-là même qui entre en contradiction directe avec la date de livraison promise. C’est probablement le point où la pression sur les plannings fait le plus de dégâts.
Sur plancher chauffant, la séquence est encore plus stricte : la pose n’intervient qu’après extinction du chauffage, et la remise en service attend plusieurs jours après la fin des travaux. Un manquement se voit dans les mois qui suivent.
Une toiture ne fuit presque jamais en partie courante.
Les infiltrations se concentrent aux points singuliers : relevés d’étanchéité en pied de mur, solins, pénétrations, rives, raccords autour d’une souche ou d’un châssis. Ce sont les endroits qui demandent un ouvrage particulier et du temps, donc les premiers sacrifiés quand le chantier presse. Sur une toiture-terrasse, la hauteur du relevé et sa protection en tête sont les deux points à vérifier avant tout le reste.
Ce sont les désordres les plus signalés en logement collectif neuf.
C’est l’acte par lequel vous acceptez l’ouvrage. Il ouvre les garanties, et il ferme la porte à ce que vous n’avez pas signalé.
Beaucoup de propriétaires abordent ce rendez-vous comme une formalité de remise de clés. C’est en réalité l’acte le plus lourd de conséquences de tout le chantier. À partir de cette date, les trois garanties commencent à courir, et les désordres apparents que vous n’avez pas consignés sont réputés acceptés.
Le CCMI encadre la réception plus strictement que n’importe quel autre contrat, et à votre avantage.
Si vous recevez seul, sans être assisté d’un professionnel, vous disposez d’un délai de huit jours après la remise des clés pour dénoncer par lettre recommandée les désordres apparents que vous n’auriez pas relevés le jour même. C’est un filet de sécurité que peu de maîtres d’ouvrage connaissent, et qui expire vite.
Vous pouvez également consigner jusqu’à 5 % du prix auprès d’un organisme convenu entre les parties, jusqu’à la levée des réserves. Et un point mérite d’être connu, parce qu’il donne lieu à des bras de fer inutiles : le constructeur ne peut pas vous refuser les clés au motif que vous avez émis des réserves ou consigné une partie du prix.
Trois garanties se superposent après la réception. Elles ne couvrent ni les mêmes ouvrages, ni la même gravité.
C’est la partie que les constructeurs maîtrisent mieux que leurs clients, et l’écart se paie. Retenez d’abord que les trois délais partent de la date de réception, et non de la fin du chantier ni de votre emménagement.
Pendant un an, l’entreprise doit reprendre tout ce qui a été réservé à la réception, et tout ce que vous signalez ensuite, sans avoir à démontrer la moindre gravité. C’est la garantie la plus facile à mobiliser et c’est aussi celle que l’on laisse le plus souvent expirer, parce que douze mois passent vite quand on s’installe.
Deux ans, pour les éléments d’équipement que l’on peut retirer sans abîmer l’ouvrage : robinetterie, volets, interphone, appareils de chauffage non intégrés. La frontière entre dissociable et indissociable se discute, et c’est fréquemment sur ce point que l’expertise fait la différence.
Dix ans, mais elle ne couvre pas tout : il faut que le dommage compromette la solidité de l’ouvrage ou le rende impropre à sa destination. Une infiltration qui rend une pièce inhabitable entre dans ce champ. Une teinte de façade irrégulière n’y entre pas. Toute la démonstration technique consiste à établir de quel côté de cette ligne se situe votre désordre.
| Garantie | Durée | Ce qu’elle couvre | Qui la doit |
|---|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an | Tous les désordres réservés au procès-verbal ou signalés dans l’année | L’entreprise qui a exécuté |
| Bon fonctionnement | 2 ans | Les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage | Le constructeur |
| Décennale | 10 ans | Les dommages compromettant la solidité, ou rendant le bien impropre à son usage | Le constructeur et son assureur |
Constater ne suffit pas. Il faut rattacher chaque défaut à une règle et chiffrer sa reprise.
C’est la différence entre un constat et une expertise. Un commissaire de justice fige un état à une date : sa force est la preuve. L’expert bâtiment établit pourquoi l’ouvrage est fautif et ce que sa reprise coûte : sa force est la démonstration. Dans un litige, c’est la seconde qui permet de discuter des montants et des responsabilités.
Un document écrit pour être opposé, pas pour être classé.
C’est l’assurance qui préfinance les réparations sans attendre que l’on sache qui est fautif.
Elle est obligatoire pour le maître d’ouvrage qui fait construire, et c’est le contrat que l’on oublie le plus souvent d’activer. Son intérêt est précisément de ne pas dépendre de la recherche de responsabilité : l’assureur indemnise, puis se retourne contre qui de droit. Vous n’avez pas à arbitrer le conflit entre le constructeur et ses sous-traitants pour être réparé.
Ils sont encadrés, et leur dépassement vous ouvre un droit.
Lorsque la garantie est acquise, l’assureur doit présenter une offre d’indemnité dans les 90 jours suivant la réception de votre déclaration. Si vous l’acceptez, elle doit être payée sous 15 jours. Un délai supplémentaire n’est possible qu’avec votre accord exprès, en cas de difficulté exceptionnelle.
Si ces délais ne sont pas tenus, ou si l’offre vous paraît manifestement insuffisante, vous pouvez engager les travaux après en avoir informé l’assureur : l’indemnité due est alors majorée de plein droit d’intérêts au double du taux légal. Beaucoup d’assurés ignorent cette disposition et attendent, alors que le compteur joue en leur faveur.
L’assureur mandate son propre expert. Ce n’est pas un adversaire, mais il instruit pour le compte de la compagnie et sa mission est d’apprécier la garantie. Disposer d’un rapport technique indépendant avant l’expertise contradictoire vous permet de discuter sur les mêmes bases, et de contester une conclusion sans partir de zéro.
La plupart des dossiers se règlent avant le contentieux, à condition d’avoir commencé par écrit.
Les références officielles sur lesquelles s’appuie cette page.