Expert bâtiment indépendant

Expertise de malfaçons : faire constater les défauts et obtenir réparation

Un défaut visible ne suffit pas à obtenir réparation. Encore faut-il le qualifier, le rattacher à la bonne garantie et le démontrer par écrit, avant que le délai ne tombe.

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À retenir
  • Une malfaçon n’est pas une affaire de goût : c’est un écart entre l’ouvrage livré et ce que le contrat, les normes et les règles de l’art imposaient.
  • Trois garanties se succèdent après la réception et ne couvrent pas les mêmes désordres : parfait achèvement un an, bon fonctionnement deux ans, décennale dix ans.
  • La date de réception commande tout le reste. Ce qui est porté au procès-verbal ce jour-là pèse plus lourd que n’importe quel échange ultérieur.
  • L’expert indépendant relève les non-conformités, en établit la cause et chiffre les reprises dans un rapport opposable au constructeur, à l’artisan et à l’assureur.
  • Tarif affiché en ligne, à partir de 590 EUR TTC. Expert assigné sous 48 h ouvrées dans nos zones couvertes, rapport sous 10 jours ouvrés après la visite.

Qu’est-ce qu’une malfaçon, au sens où le juge l’entend ?

Un défaut d’exécution : ce qui a été fait ne correspond pas à ce qui devait l’être.

Le mot circule beaucoup et recouvre des situations très différentes, qui n’ouvrent pas les mêmes droits. Une peinture que vous trouvez terne n’est pas une malfaçon. Un carrelage posé sans joint de fractionnement en est une, même s’il paraît impeccable le jour de la livraison. Ce qui fait la différence n’est pas ce qui se voit, c’est l’écart avec une règle écrite quelque part.

Trois choses que l’on confond, et qui ne se plaident pas pareil

La distinction n’est pas une subtilité d’école : elle détermine qui doit réparer, dans quel délai vous devez agir, et quelle assurance peut être appelée.

  • La malfaçon est un défaut d’exécution : l’ouvrage est celui qui était prévu, mais il a été mal réalisé.
  • La non-conformité est un écart au contrat : ce n’est pas ce qui avait été commandé, quelle que soit la qualité du travail. Une baie de deux mètres posée là où le plan en annonçait deux et demi est conforme aux règles de l’art et pourtant fautive.
  • Le désordre désigne le dommage constaté, sans préjuger de sa cause : il peut venir d’une malfaçon, d’un défaut de conception, d’un matériau défaillant ou d’un sinistre extérieur.
  • L’usure et le défaut d’entretien ne relèvent d’aucune garantie. C’est l’argument que l’on vous opposera en premier, et c’est souvent là que se joue le dossier.

Le référentiel : ce à quoi l’ouvrage est comparé

On ne juge pas un travail à l’œil, on le compare à un texte.

Trois niveaux s’empilent. Le contrat d’abord, avec ses plans, sa notice descriptive et ses avenants : c’est lui qui dit ce qui était dû. Les NF DTU ensuite, ces documents techniques unifiés qui décrivent, ouvrage par ouvrage, la façon dont un travail doit être exécuté. Les règles de l’art enfin, qui prennent le relais là où aucun texte ne descend dans le détail.

Un expert ne dit jamais qu’un travail est mal fait. Il écrit que tel ouvrage s’écarte de telle prescription, cite le document, et décrit ce qui aurait dû être exécuté. C’est cette formulation-là qui tient devant un contradicteur.

Les malfaçons que l’on retrouve le plus souvent

Le raccourcissement des délais de chantier produit toujours les mêmes défauts, aux mêmes endroits.

La plupart des dossiers ne portent pas sur des fautes spectaculaires. Ils portent sur des étapes escamotées : un support mal préparé, un temps de séchage non respecté, un joint oublié. Voici ce que l’on retrouve, ouvrage par ouvrage.

Façades et enduits

L’enduit a d’abord une fonction d’imperméabilisation. Son aspect vient après.

Deux règles simples permettent souvent de trancher un dossier de façade. L’enduit doit atteindre une épaisseur minimale de dix millimètres, et il ne doit pas être appliqué en dehors d’une plage de température de cinq à trente degrés, ni par vent sec, ni sur un support desséché. Un chantier mené en pleine canicule ou juste avant le gel laisse des traces qui se lisent des années après.

  • Le nuançage, ces variations de teinte d’un panneau à l’autre : elles trahissent un dosage en eau irrégulier, des reprises mal gérées ou une épaisseur inégale.
  • Le faïençage, une microfissuration en résille à la surface. Inesthétique surtout, et les finitions talochées y sont particulièrement sensibles.
  • Le décollement, qui renvoie presque toujours à une préparation du support insuffisante : support trop lisse, farineux, poussiéreux, ou absence de la couche d’accrochage obligatoire sur béton lisse.
  • La fissuration aux points sensibles : angles de baies, au droit des planchers, jonction entre deux matériaux différents, là où les renforts d’armature auraient dû être incorporés.

Sols et carrelages

Aujourd’hui, c’est la fissuration qui domine, et elle vient presque toujours du support.

Le carreau ne fissure pas tout seul. Il suit la chape qui le porte, et cette chape se rétracte en séchant. Le paramètre décisif est donc le délai de séchage du support, celui-là même qui entre en contradiction directe avec la date de livraison promise. C’est probablement le point où la pression sur les plannings fait le plus de dégâts.

Sur plancher chauffant, la séquence est encore plus stricte : la pose n’intervient qu’après extinction du chauffage, et la remise en service attend plusieurs jours après la fin des travaux. Un manquement se voit dans les mois qui suivent.

  • L’absence de joints de fractionnement, et de joints périphériques en pourtour de pièce : le revêtement est bloqué, il ne peut plus se dilater.
  • Le franchissement d’un joint de gros œuvre sans précaution, comme si le bâtiment ne bougeait pas de part et d’autre.
  • Des gaines non enrobées qui réduisent localement l’épaisseur de la chape, faute de ravoirage.
  • Un soulèvement en cloque après un réchauffement rapide : le revêtement se dilate, ne trouve aucun jeu, et flambe.

Couvertures, terrasses et points singuliers

Une toiture ne fuit presque jamais en partie courante.

Les infiltrations se concentrent aux points singuliers : relevés d’étanchéité en pied de mur, solins, pénétrations, rives, raccords autour d’une souche ou d’un châssis. Ce sont les endroits qui demandent un ouvrage particulier et du temps, donc les premiers sacrifiés quand le chantier presse. Sur une toiture-terrasse, la hauteur du relevé et sa protection en tête sont les deux points à vérifier avant tout le reste.

Équipements et finitions

Ce sont les désordres les plus signalés en logement collectif neuf.

  • Une ventilation mal réglée ou mal raccordée, dont la conséquence apparaît en condensation quelques mois plus tard.
  • Des défauts d’isolation acoustique entre logements, qui ne se constatent qu’une fois habité.
  • Des reprises d’humidité en coin de douche et aux seuils, points de faiblesse récurrents des salles d’eau.
  • Des finitions et des réglages de menuiseries, qui relèvent le plus souvent des réserves plutôt que d’un contentieux.

La réception : le moment qui décide de tout

C’est l’acte par lequel vous acceptez l’ouvrage. Il ouvre les garanties, et il ferme la porte à ce que vous n’avez pas signalé.

Beaucoup de propriétaires abordent ce rendez-vous comme une formalité de remise de clés. C’est en réalité l’acte le plus lourd de conséquences de tout le chantier. À partir de cette date, les trois garanties commencent à courir, et les désordres apparents que vous n’avez pas consignés sont réputés acceptés.

Ce qui se joue au procès-verbal

  • Chaque défaut visible doit être décrit précisément : « peinture à reprendre » ne vaut rien, « traces de reprise et manques sur le mur nord du séjour » engage.
  • Une réception avec réserves reste une réception : les garanties courent, mais le constructeur doit lever les points listés.
  • Vous pouvez vous faire assister d’un professionnel ce jour-là. C’est le seul moment où un regard technique change directement la portée d’un document.
  • Le solde et les réserves sont liés : une part du prix peut être consignée jusqu’à leur levée.

En contrat de construction de maison individuelle

Le CCMI encadre la réception plus strictement que n’importe quel autre contrat, et à votre avantage.

Si vous recevez seul, sans être assisté d’un professionnel, vous disposez d’un délai de huit jours après la remise des clés pour dénoncer par lettre recommandée les désordres apparents que vous n’auriez pas relevés le jour même. C’est un filet de sécurité que peu de maîtres d’ouvrage connaissent, et qui expire vite.

Vous pouvez également consigner jusqu’à 5 % du prix auprès d’un organisme convenu entre les parties, jusqu’à la levée des réserves. Et un point mérite d’être connu, parce qu’il donne lieu à des bras de fer inutiles : le constructeur ne peut pas vous refuser les clés au motif que vous avez émis des réserves ou consigné une partie du prix.

Quelle garantie joue, et pendant combien de temps ?

Trois garanties se superposent après la réception. Elles ne couvrent ni les mêmes ouvrages, ni la même gravité.

C’est la partie que les constructeurs maîtrisent mieux que leurs clients, et l’écart se paie. Retenez d’abord que les trois délais partent de la date de réception, et non de la fin du chantier ni de votre emménagement.

Parfait achèvement1 anBon fonctionnement2 ansDécennale10 ansRéception1 an2 ans5 ans10 ansUn désordre signalé hors délai n’ouvre plus droit à réparation, même s’il est réel.
Les trois garanties courent à partir de la réception, jamais de la fin du chantier. À la même échelle, le parfait achèvement ne dure qu'un dixième de la décennale.

La garantie de parfait achèvement, la plus large et la plus courte

Pendant un an, l’entreprise doit reprendre tout ce qui a été réservé à la réception, et tout ce que vous signalez ensuite, sans avoir à démontrer la moindre gravité. C’est la garantie la plus facile à mobiliser et c’est aussi celle que l’on laisse le plus souvent expirer, parce que douze mois passent vite quand on s’installe.

La garantie de bon fonctionnement, pour ce qui se démonte

Deux ans, pour les éléments d’équipement que l’on peut retirer sans abîmer l’ouvrage : robinetterie, volets, interphone, appareils de chauffage non intégrés. La frontière entre dissociable et indissociable se discute, et c’est fréquemment sur ce point que l’expertise fait la différence.

La garantie décennale, la plus longue et la plus exigeante

Dix ans, mais elle ne couvre pas tout : il faut que le dommage compromette la solidité de l’ouvrage ou le rende impropre à sa destination. Une infiltration qui rend une pièce inhabitable entre dans ce champ. Une teinte de façade irrégulière n’y entre pas. Toute la démonstration technique consiste à établir de quel côté de cette ligne se situe votre désordre.

GarantieDuréeCe qu’elle couvreQui la doit
Parfait achèvement1 anTous les désordres réservés au procès-verbal ou signalés dans l’annéeL’entreprise qui a exécuté
Bon fonctionnement2 ansLes éléments d’équipement dissociables de l’ouvrageLe constructeur
Décennale10 ansLes dommages compromettant la solidité, ou rendant le bien impropre à son usageLe constructeur et son assureur

Ce que fait l’expert, et ce que contient son rapport

Constater ne suffit pas. Il faut rattacher chaque défaut à une règle et chiffrer sa reprise.

C’est la différence entre un constat et une expertise. Un commissaire de justice fige un état à une date : sa force est la preuve. L’expert bâtiment établit pourquoi l’ouvrage est fautif et ce que sa reprise coûte : sa force est la démonstration. Dans un litige, c’est la seconde qui permet de discuter des montants et des responsabilités.

Sur place

  • Le relevé de chaque désordre, localisé, mesuré, photographié.
  • La confrontation aux pièces du marché : plans, notice descriptive, devis, avenants.
  • La vérification de conformité aux NF DTU applicables à chaque ouvrage concerné.
  • La recherche de la cause, qui décide de la garantie mobilisable et donc du délai qui vous reste.
  • L’examen des ouvrages voisins, parce qu’un défaut isolé et un défaut généralisé n’appellent pas la même reprise.

Dans le rapport

Un document écrit pour être opposé, pas pour être classé.

  • La description de chaque désordre, avec ses photographies légendées et ses cotes.
  • Le texte de référence auquel l’ouvrage s’écarte, cité et expliqué.
  • La qualification du désordre au regard des trois garanties.
  • Le chiffrage des reprises, poste par poste.
  • La conclusion signée, utilisable en discussion amiable comme en procédure.

Faire jouer la dommages-ouvrage

C’est l’assurance qui préfinance les réparations sans attendre que l’on sache qui est fautif.

Elle est obligatoire pour le maître d’ouvrage qui fait construire, et c’est le contrat que l’on oublie le plus souvent d’activer. Son intérêt est précisément de ne pas dépendre de la recherche de responsabilité : l’assureur indemnise, puis se retourne contre qui de droit. Vous n’avez pas à arbitrer le conflit entre le constructeur et ses sous-traitants pour être réparé.

Les délais qui s’imposent à l’assureur

Ils sont encadrés, et leur dépassement vous ouvre un droit.

Lorsque la garantie est acquise, l’assureur doit présenter une offre d’indemnité dans les 90 jours suivant la réception de votre déclaration. Si vous l’acceptez, elle doit être payée sous 15 jours. Un délai supplémentaire n’est possible qu’avec votre accord exprès, en cas de difficulté exceptionnelle.

Si ces délais ne sont pas tenus, ou si l’offre vous paraît manifestement insuffisante, vous pouvez engager les travaux après en avoir informé l’assureur : l’indemnité due est alors majorée de plein droit d’intérêts au double du taux légal. Beaucoup d’assurés ignorent cette disposition et attendent, alors que le compteur joue en leur faveur.

Ce qu’un rapport indépendant change à ce stade

L’assureur mandate son propre expert. Ce n’est pas un adversaire, mais il instruit pour le compte de la compagnie et sa mission est d’apprécier la garantie. Disposer d’un rapport technique indépendant avant l’expertise contradictoire vous permet de discuter sur les mêmes bases, et de contester une conclusion sans partir de zéro.

Du courrier au tribunal : l’ordre des étapes

La plupart des dossiers se règlent avant le contentieux, à condition d’avoir commencé par écrit.

Les étapes, dans l’ordre

  • Signalez par lettre recommandée avec accusé de réception. Un appel ou un message ne laisse aucune trace opposable, et c’est cette date qui fixera le point de départ de la suite.
  • Faites établir un rapport d’expertise : il transforme une réclamation en démonstration chiffrée, et c’est souvent lui qui débloque une négociation enlisée.
  • Adressez une mise en demeure avec un délai d’exécution, en joignant le rapport.
  • Déclarez en parallèle à la dommages-ouvrage si le désordre relève de la décennale : les deux démarches ne s’excluent pas.
  • Saisissez un médiateur de la consommation si l’entreprise est adhérente : la démarche est sans frais pour le consommateur et apaise souvent le dossier.
  • En dernier recours, le tribunal judiciaire, éventuellement par un référé permettant la désignation d’un expert judiciaire.

Deux erreurs qui coûtent cher

  • Attendre. Les délais de garantie ne se suspendent pas parce qu’une discussion est en cours. Un désordre signalé hors délai n’ouvre plus droit à réparation, même s’il est parfaitement réel.
  • Faire réparer avant de faire constater. La reprise efface la preuve. Si les travaux sont urgents, faites documenter l’état par un professionnel avant toute intervention.
FAQ

Questions fréquentes

Comment savoir si mon problème est une malfaçon ou une usure normale ?
La question se tranche sur le référentiel, pas sur l’apparence. Un ouvrage est fautif s’il s’écarte du contrat, d’un NF DTU ou des règles de l’art. L’ancienneté du bien, l’usage qui en a été fait et l’entretien réalisé entrent dans l’analyse, et c’est précisément l’argument que l’on vous opposera. Un relevé technique qui cite le texte applicable est ce qui permet de sortir de cette discussion.
J’ai signé la réception sans réserve, ai-je encore un recours ?
Oui, pour tout ce qui n’était pas apparent ce jour-là. La réception sans réserve ne couvre que les désordres visibles et décelables par un profane au moment de la signature. Un défaut caché, ou qui se révèle ensuite, reste couvert par les garanties selon sa nature et sa gravité. En contrat de construction de maison individuelle, si vous n’étiez pas assisté d’un professionnel, vous disposez en outre de huit jours après la remise des clés pour dénoncer par écrit des désordres apparents.
Le constructeur peut-il refuser de me remettre les clés si j’émets des réserves ?
Non. En contrat de construction de maison individuelle, le constructeur ne peut pas subordonner la remise des clés à l’absence de réserves, ni au paiement intégral du solde lorsque vous avez régulièrement consigné une partie du prix. C’est un rapport de force fréquent le jour de la réception, et il n’a aucun fondement.
Combien coûte une expertise malfaçons ?
Le tarif démarre à 590 EUR TTC et s’affiche en ligne avant toute commande : visite sur site, relevé des non-conformités, vérification de conformité aux DTU, chiffrage des reprises et rapport opposable. Le paiement se fait en deux temps, 50 % à la commande et le solde à la prise de rendez-vous. Le détail figure sur la page des prix d’un constat de malfaçons.
Faut-il faire intervenir l’expert avant ou après la réception ?
Avant, chaque fois que c’est possible. Les réserves portées au procès-verbal engagent la suite du dossier, et un œil technique ce jour-là vaut mieux que dix courriers ensuite. Signalez la date de réception dès la commande : l’expert en tient compte pour planifier sa visite. Après réception, l’expertise reste utile pour documenter les désordres apparus et activer la bonne garantie.
Le rapport est-il opposable au constructeur et à son assurance ?
Oui. Il rattache chaque désordre au texte dont il s’écarte, qualifie sa gravité au regard des garanties légales et chiffre les reprises. Il sert d’appui à la mise en demeure, à la déclaration en dommages-ouvrage et, si le litige va jusque-là, devant le juge. Il n’a pas la même autorité qu’une expertise judiciaire ordonnée par un tribunal, mais il en est très souvent le point de départ.
Sous quel délai le rapport est-il remis ?
Sous 10 jours ouvrés après la visite. Ce délai couvre la rédaction, le traitement des photographies, la vérification des textes applicables et le chiffrage. Le rapport vous est transmis au format PDF, signé par l’expert.

Sources utiles

Les références officielles sur lesquelles s’appuie cette page.

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Farah PHAN
Rédigée parFarah PHAN, cofondatrice d’ExpertGo. Page relue avec des experts bâtiment partenaires, qualifiés en pathologie du bâtiment.