Huissier ou expert bâtiment : qui peut constater des malfaçons ?

27 juillet 2026 · 6 min de lecture

Le commissaire de justice constate des faits, l'expert bâtiment en établit la cause et chiffre la reprise. Deux actes différents, deux valeurs juridiques différentes, et une erreur fréquente qui coûte cher.

Un carrelage qui sonne creux, une fissure apparue trois mois après la réception, une étanchéité de terrasse qui laisse passer l'eau. La première réaction est presque toujours la même : « il me faut un constat ». Reste à savoir de qui.

Deux professionnels peuvent intervenir, et ils ne font pas le même métier. Le commissaire de justice, que l'on appelle encore souvent huissier, et l'expert en bâtiment. Les confondre conduit à payer un acte qui ne répondra pas à la question posée.

Trois intervenants, trois missions à ne pas confondre

Le commissaire de justice constate des faits

Depuis le 1er juillet 2022, la profession d'huissier de justice a fusionné avec celle de commissaire-priseur judiciaire pour former celle de commissaire de justice. Sa mission de constat, elle, n'a pas changé : il décrit ce qu'il voit, à une date donnée, sans l'interpréter.

Sa force est juridique. Son procès-verbal est un acte authentique, et la loi lui accorde une valeur probante que peu de documents possèdent. Il faut ici distinguer deux niveaux, souvent mélangés :

  • les mentions de forme (date de l'acte, identité du rédacteur, lieu des opérations, personnes présentes) valent jusqu'à inscription de faux, une procédure lourde et rarement engagée ;
  • les constatations matérielles elles-mêmes valent jusqu'à preuve contraire. On peut donc les contester, mais c'est à l'adversaire d'apporter cette preuve.

Autrement dit, personne ne pourra sérieusement soutenir que la fissure n'existait pas à cette date. C'est précieux quand un délai de garantie approche ou quand l'entreprise conteste l'antériorité du désordre.

L'expert d'assurance évalue pour celui qui le mandate

Quand un sinistre est déclaré, l'assureur envoie son propre expert. Il est compétent, mais il travaille dans le cadre du contrat et des intérêts de celui qui le missionne. Son objet n'est pas d'établir la vérité technique dans l'absolu, c'est de qualifier le sinistre au regard des garanties et d'en chiffrer l'indemnisation. Nous détaillons ce mécanisme dans notre comparatif sur les raisons pour lesquelles les évaluations divergent.

L'expert bâtiment indépendant établit la cause et chiffre la reprise

L'expert en bâtiment mandaté par vous seul fait ce que les deux autres ne font pas : il remonte à l'origine du désordre et évalue ce qu'il faut faire pour le réparer, avec un ordre de grandeur financier.

Concrètement, il ne se contente pas de noter qu'une fissure mesure 3 mm. Il détermine si elle résulte d'un tassement, d'un défaut d'exécution, d'un mouvement de terrain ou d'un simple retrait, il dit si elle est stabilisée ou évolutive, il désigne le poste de travaux à engager et il en donne le coût probable. Ce sont ces trois éléments, la cause, la responsabilité technique et le chiffrage, qui permettent de négocier ou d'agir.

Ce que chacun apporte, et ce qu'il n'apporte pas

CritèreCommissaire de justiceExpert d'assuranceExpert bâtiment indépendant
Qui le mandateVousL'assureurVous seul
Ce qu'il produitDescription factuelle datéeÉvaluation du sinistre garantiCause, gravité et chiffrage des reprises
Dit-il la cause du désordre ?NonPartiellement, au regard du contratOui, c'est son objet
Chiffre-t-il les travaux ?NonAu niveau de l'indemnitéOui, poste par poste
Valeur en cas de litigeTrès forte sur les faits constatésContestable par une contre-expertiseRapport technique opposable
Moment utileAvant qu'une preuve disparaisseAprès déclaration de sinistreAvant de négocier ou d'agir

L'erreur la plus fréquente : croire que le constat suffit

Beaucoup de particuliers font établir un constat, l'envoient au constructeur et attendent. Il ne se passe rien, et c'est logique : le document prouve que le désordre existe, il ne prouve pas à qui il est imputable ni combien coûte sa réparation.

Or c'est exactement ce que demandera l'entreprise, son assureur ou, le cas échéant, le juge. Un constat seul ouvre la discussion sans donner les moyens de la gagner. Il faut ensuite documenter le dossier, ce que nous décrivons dans notre guide sur les malfaçons détectées après réception.

Quand appeler l'un plutôt que l'autre

Le commissaire de justice s'impose quand la preuve risque de disparaître. Des travaux vont recouvrir le désordre, une entreprise s'apprête à intervenir sur la zone litigieuse, un délai de garantie expire dans quelques jours, ou vous devez établir une date de façon incontestable. La rapidité et l'antériorité sont ici l'enjeu.

L'expert bâtiment s'impose quand la question est technique ou financière. Vous ignorez si le désordre est grave, vous voulez savoir qui en répond, vous devez chiffrer une réparation pour négocier, ou vous contestez la position d'un assureur. La compréhension et le chiffrage sont ici l'enjeu.

Les faire intervenir ensemble, souvent la meilleure réponse

Les deux démarches ne s'opposent pas, elles se complètent. Sur un dossier sérieux, l'enchaînement le plus solide consiste à faire dater les faits par un constat quand l'urgence l'exige, puis à faire établir la cause et le chiffrage par un expert indépendant.

Le constat verrouille la matérialité, l'expertise construit l'argumentation. La première empêche qu'on vous oppose « ce désordre n'existait pas », la seconde empêche qu'on vous oppose « rien ne dit que c'est de notre fait ».

Si le désordre relève d'une réception de travaux, la logique est identique en amont : mieux vaut relever les réserves au bon moment que constater après coup, comme le rappelle notre guide sur la réception de travaux.

Questions fréquentes

Un constat de commissaire de justice peut-il être contesté ?

Oui, mais difficilement, et la charge en revient à celui qui conteste. Les constatations matérielles valent jusqu'à preuve contraire : votre adversaire devra démontrer que ce qui a été décrit est inexact. Les mentions de forme, elles, ne peuvent être attaquées que par une procédure d'inscription de faux, exceptionnelle en pratique.

Combien coûte une expertise bâtiment sur des malfaçons ?

Chez ExpertGo, le tarif est affiché en ligne avant la commande, à partir de 590 € TTC, déplacement de l'expert et rapport compris. Le constat de commissaire de justice relève d'une tarification distincte, généralement inférieure, mais il ne couvre pas la même prestation : il décrit sans expliquer ni chiffrer.

Le rapport d'un expert indépendant a-t-il une valeur devant un tribunal ?

Il n'a pas la force probante d'un acte authentique, mais il constitue un élément de preuve technique que le juge apprécie librement. En pratique, un rapport motivé, photographié et chiffré pèse lourd, surtout lorsqu'aucune pièce adverse ne vient le contredire sur le fond.

Dois-je prévenir l'entreprise avant de faire constater ?

Rien ne vous y oblige pour un constat portant sur votre propre bien. Prévenir présente toutefois un intérêt : un constat établi en présence des parties, ou après convocation, est plus difficile à écarter au motif qu'il serait unilatéral. Pour une expertise, la présence de l'entreprise reste souhaitable sans être obligatoire.

Puis-je faire appel à un expert après avoir déjà accepté l'indemnisation ?

C'est possible mais nettement moins efficace. Une fois l'accord signé, revenir dessus suppose de démontrer un élément nouveau ou une erreur substantielle. L'expertise indépendante produit son plein effet avant l'acceptation, quand elle peut encore servir à discuter le montant proposé.

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